Rapport d’Analyse et d’Évaluation de la Conjoncture Économique du Sénégal – T1 2025

Rufisque, le 24 juin 2025

1. Contexte mondial et environnement économique
Le premier trimestre 2025 se déroule dans un contexte économique mondial marqué par un ralentissement. Le FMI a révisé la croissance mondiale à la baisse, à 2,8 %, contre 3,3 % en 2024. Cette décélération est alimentée par une guerre tarifaire entre les États-Unis et ses partenaires commerciaux, ainsi que par des tensions géopolitiques persistantes. La zone euro affiche une faible croissance de 0,8 %, avec une stagnation en Allemagne. En Afrique subsaharienne, la croissance chute à 3,8 %. Ces turbulences affectent négativement les exportations et la demande extérieure du Sénégal, accentuant la volatilité des prix mondiaux des matières premières.

2. Indice général de l’activité économique
L’Indice Général d’Activité (IGA) hors agriculture et sylviculture a reculé de 13,2 % au T1 2025 en variation trimestrielle. Ce repli s’explique par une baisse du secteur tertiaire (-19,8 %), du secondaire (-2,4 %) et des taxes (-6,9 %). Toutefois, en glissement annuel, une croissance de 8,1 % est notée, portée par un bond du secteur secondaire (+20,6 %). Cette évolution souligne la forte volatilité économique, marquée par des performances inégales entre trimestres, mais témoigne d’une capacité de rebond grâce aux industries extractives et aux services essentiels.

3. Dynamique du secteur primaire
Le secteur primaire hors agriculture et sylviculture a progressé de 5,1 % en rythme trimestriel, stimulé par la pêche (+20,7 %) et l’élevage (+2,6 %). En glissement annuel, la croissance est de 4,1 %. La pêche artisanale a fortement augmenté à Thiès (+103,8 %) et Fatick (+58,5 %), tandis que la pêche industrielle s’est redressée de 43 % grâce à la suspension de certaines licences. L’élevage bénéficie d’un renforcement de la production de viande caméline (+99,7 %) et porcine (+24,1 %), tiré par la Korité et la lutte contre les abattages clandestins.

4. Campagnes agricoles et crédits
L’agriculture dans la vallée du fleuve a progressé. Pour la saison sèche chaude, 37 447 ha ont été emblavés, soit 85,1 % des prévisions. Le financement octroyé s’est élevé à 5,35 milliards FCFA (+8,1 %). Pour la saison sèche froide, les réalisations s’établissent à 21 753 ha, malgré une baisse des crédits (-21 %). Ces données reflètent des performances contrastées : d’une part, la résilience de la culture rizicole et, d’autre part, la nécessité de consolider les dispositifs de financement et d’anticipation pour mieux planifier les campagnes agricoles à venir.

5. Recul du secteur secondaire
Le secteur secondaire s’est contracté de 2,4 % en rythme trimestriel, bien qu’il ait crû de 20,6 % sur un an. Le textile (-20,9 %), la construction (-5,3 %) et la fabrication de matériels de transport (-10,7 %) tirent la performance vers le bas. Toutefois, les hydrocarbures ont progressé de 1,9 %, représentant une croissance annuelle de 330,6 %. Cette performance démontre la concentration de la croissance autour d’un sous-secteur capitalistique et volatil, rendant nécessaire une diversification industrielle axée sur la valeur ajoutée locale.

6. Énergie et raffinage
La production d’électricité et de gaz a bondi de 14,2 % en rythme trimestriel. La demande moyenne tension a progressé de 5,4 %, et les exportations vers la Gambie ont crû de 17,2 %. Paradoxalement, la production d’électricité recule de 7 % en raison d’une baisse des achats par SENELEC. Le raffinage a diminué de 3,1 %, malgré une hausse des importations d’huiles brutes (+12,4 %). Ces données révèlent des tensions dans l’approvisionnement énergétique interne et une forte dépendance aux importations.

7. Industrie extractive : or et hydrocarbures
La production d’or a baissé de 1,4 % sur le trimestre mais a progressé de 25 % en glissement annuel. Cette évolution est attribuée à une baisse temporaire de la teneur en or. En revanche, la production pétrolière a atteint 8,89 millions de barils, dont 94 % ont été exportés, principalement vers la Chine. Le prix du baril de Sangomar s’établit à 72,98 $. Ces chiffres illustrent l’ancrage stratégique de l’or noir pour les exportations sénégalaises et posent la question de la sécurité énergétique domestique.

8. Produits miniers et chimiques
Le zircon (-7,4 %), le phosphate (-4,9 %) et l’attapulgite (-23,2 %) ont tous chuté au T1 2025. En cause, le ralentissement de la demande chinoise pour le zircon et européenne pour l’attapulgite. La production d’engrais a progressé de 28,1 %, celle de l’acide phosphorique de 10,5 %, montrant le dynamisme de la chimie de base. Le sel a connu une hausse de 22,7 %, bien que sa production annuelle ait fléchi (-7,5 %). Ces contrastes montrent une dépendance excessive aux marchés extérieurs.

9. Agro-industrie et produits manufacturés
La production de sucre a bondi de 70 % en raison de la reprise des capacités, mais elle reste en repli annuel (-19,6 %). La minoterie a progressé de 10,5 % grâce à l’alimentation animale (+12,9 %). En revanche, le cuir (-0,8 %), le savon (-11,6 %) et les produits pharmaceutiques (-27,4 %) sont en déclin. La baisse de qualité des matières premières et la concurrence étrangère (Côte d’Ivoire, Turquie) impactent négativement ces industries. Il est urgent de renforcer les chaînes de valeur locales et l’accès aux matières premières.

10. Baisse de la fabrication de ciment
La production de ciment a chuté de 4,1 % sur le trimestre et de 18,2 % sur un an, liée à une forte baisse de la demande extérieure (-43,7 %) et à la fermeture du marché gambien. Au plan national, la demande diminue de 7,9 %, malgré un recul des prix de 4,2 %. L’endettement public envers les BTP et le contrôle foncier freinent l’investissement. Cette situation appelle à une relance ciblée des marchés de la construction, en synergie avec les grands projets d’infrastructures publiques.

11. Repli du secteur tertiaire
Le secteur tertiaire, principal moteur de l’économie (56,5 % du PIB hors agriculture), a chuté de 19,8 % au premier trimestre 2025. Cette baisse s’explique par le recul de plusieurs sous-branches : les services spécialisés (-68,3 %), les activités immobilières (-12,6 %) et l’information-communication (-11,6 %). Seuls les transports (+6,4 %), les services publics (+1,1 %) et les services financiers (+1,2 %) résistent. Ce repli traduit une vulnérabilité structurelle du tertiaire sénégalais, très dépendant de la conjoncture interne et de la consommation des ménages et entreprises.

12. Commerce et consommation
Le commerce a baissé de 4,5 % en variation trimestrielle, tiré par le recul des ventes de véhicules (-9,2 %) et de détail (-6,1 %). Seul le commerce de gros a progressé légèrement (+1,5 %). En glissement annuel, une légère reprise est observée (+2,1 %), portée par le commerce de gros (+5,7 %). La consommation reste modeste et reste contrainte par l’inflation, l’endettement privé et la prudence des ménages. Ces tendances soulignent le besoin de redynamisation du commerce intérieur, notamment par des politiques d’accès au crédit et des incitations fiscales.

13. Dynamique des services de transport
Les services de transport ont progressé de 6,4 % au T1 2025, grâce aux bons résultats des transports par eau (+20,4 %), de l’entreposage (+7,3 %) et du courrier (+24,3 %). Cependant, les transports ferroviaires (-9,8 %) et aériens (-4,4 %) régressent, affectés par les problèmes d’infrastructures et de flotte. Sur un an, l’ensemble du secteur enregistre une hausse de 10 %. Cette situation montre que les services de logistique et d’exportation restent dynamiques, mais nécessitent une modernisation continue pour soutenir l’économie nationale.

14. Emploi salarié dans le secteur moderne
L’emploi salarié a légèrement augmenté de 1,5 % au T1 2025, avec de meilleures performances dans les secteurs secondaire (+2,1 %) et tertiaire (+1,8 %). Toutefois, cette progression reste insuffisante face à la croissance rapide de la population active. L’indice de l’emploi reste fragile, et l’insertion des jeunes sur le marché du travail demeure un défi majeur. Le développement de la formation professionnelle, des incubateurs et des politiques d’auto-emploi est une priorité stratégique pour faire face au chômage structurel.

15. Opinion des chefs d’entreprise
Les chefs d’entreprise expriment une perception globalement prudente : 45 % prévoient une stabilité de l’activité, tandis que 35 % anticipent une dégradation. Les contraintes majeures identifiées sont : le coût élevé des intrants, la fiscalité complexe, et l’accès difficile au financement. Ces freins à l’activité appellent des réformes urgentes pour améliorer l’environnement des affaires, simplifier les procédures administratives et renforcer l’accès au crédit, en particulier pour les PME.

16. Inflation et prix à la consommation
L’inflation reste maîtrisée à 2,6 % en glissement annuel. L’indice des prix à la consommation est passé de 118,4 à 121,5 (base 2008). Toutefois, certains produits connaissent des hausses notables : l’oignon (+8 %, à 650 FCFA/kg) et les céréales locales (+4 %). Malgré les subventions et la régulation, la hausse des prix mondiaux continue d’impacter les denrées essentielles. La politique de soutien au pouvoir d’achat doit se poursuivre, notamment par des filets sociaux ciblés et la promotion de la production vivrière.

17. Commerce extérieur : exportations et importations
Les exportations ont progressé de 3,2 % au T1 2025, atteignant 1 150 milliards FCFA, tirées par l’or, les hydrocarbures et les produits agricoles. Les importations ont crû de 4,5 %, à 1 750 milliards FCFA, élargissant le déficit commercial. Le Sénégal reste tributaire des importations de produits alimentaires et d’intrants industriels. Une stratégie de substitution aux importations, de transformation locale et de diversification des partenaires commerciaux s’impose pour restaurer l’équilibre des comptes extérieurs.

18. Finances publiques et budget de l’État
Les recettes publiques atteignent 1 050 milliards FCFA (+5,1 %), portées par une amélioration des recettes fiscales. Les dépenses s’élèvent à 1 200 milliards FCFA, avec un déficit budgétaire contenu à 2,5 % du PIB. Les investissements sont principalement orientés vers l’éducation, la santé et les infrastructures. La gestion prudente des finances publiques est à saluer, mais des efforts sont encore nécessaires pour renforcer l’efficacité des dépenses et combattre l’évasion fiscale.

19. Financement de l’économie
La masse monétaire a augmenté de 6,2 %, soutenue par une hausse des crédits à l’économie (+7,5 %). Les institutions de dépôt affichent des actifs extérieurs nets en progression de 4 %. Les émissions de titres publics se poursuivent sans tensions sur les taux. Les Systèmes Financiers Décentralisés (SFD) jouent un rôle croissant dans le financement des activités rurales et des PME. Cette dynamique souligne l’importance d’un accès élargi au crédit pour soutenir l’entrepreneuriat et la croissance inclusive.

20. Conclusion générale et perspectives
Le premier trimestre 2025 confirme une résilience de l’économie sénégalaise face à un contexte international dégradé. La croissance reste positive (+8,1 % en glissement annuel), portée par les secteurs extractif et énergétique. Toutefois, des fragilités persistent dans l’industrie, les services et l’emploi. L’élargissement du déficit commercial et la faiblesse de la consommation intérieure sont préoccupants. Le renforcement de la souveraineté productive, la création d’emplois massifs et l’industrialisation locale doivent guider les politiques économiques pour les trimestres à venir.

Annexes :

Tableau 1 : Évolution de l’Indice Général d’Activité (IGA)

Hors agriculture et sylviculture (base 100 = 2022)

Tableau 2 : Campagnes agricoles dans la Vallée du Fleuve Sénégal

Tableau 3 : Évolution de la pêche artisanale et industrielle

Tableau 4 : Production de ressources extractives

Tableau 5 : Commerce extérieur du Sénégal (en milliards FCFA)

IndicateurT1 2024T1 2025Variation (%)
Exportations totales1 1151 1503,20%
Importations totales1 6751 7504,50%
Solde commercial-560-600-7,10%
Principaux produits exportésOr, pétrole brut, poissonsidem

Tableau 6 : Production et consommation d’électricité

IndicateurT1 2024T1 2025Variation (%)
Production totale (GWh)1 2361 150-7,00%
Demande moyenne tension (GWh)6757115,40%
Exportations d’électricité (GWh)647517,20%
Part SENELEC dans la production88%85%-3,4 pts

Tableau 7 : Indice des prix à la consommation (base 100 en 2008)

Produit / IndiceT1 2024T1 2025Variation (%)
Indice général118,4121,52,60%
Prix de l’oignon (FCFA/kg)6006508,30%
Prix des céréales locales4,00%
Prix du riz brisé non parfumé3453604,30%

Tableau 8 : Emploi salarié dans le secteur moderne

Tableau 9 : Finances publiques (en milliards FCFA)

Tableau 10 : Financement de l’économie

Source : document intitulé « NOTE_T1-2025_VF.pdf »

Fait par Macodou Ndione

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