Premières impressions générales sur le discours de Ousmane Sonko : une rupture, une méthode, un cap

Discours de Sonko : Vérité et Souveraineté

Publié le 2 août 2025

Le 10 juillet 2025, le Premier ministre Ousmane Sonko a présenté son Plan de Redressement Économique et Social (PRES), devant un public composé de toutes les institutions de la République. Au-delà de la durée exceptionnelle de son allocution – plus de deux heures – c’est la densité du message, la puissance politique de la parole, et la cohérence économique du contenu qui marquent une véritable rupture dans l’histoire des discours officiels sénégalais.

Voici nos premières impressions générales sur ce document fondateur :

I. Un exercice de vérité politique inédit

Le Premier ministre a choisi de briser le silence comptable : un déficit réel de 14 % du PIB et une dette publique de 119 %, bien au-delà des chiffres déclarés par l’ancien régime. Il affirme qu’aucun développement durable ne peut se fonder sur le mensonge ou la dissimulation. Cette franchise budgétaire publique est sans précédent au Sénégal depuis l’indépendance.

II. Une vision stratégique claire et phasée

Le discours s’articule autour d’un cadre structurant : la Vision Sénégal 2050, déclinée en trois étapes :

  • Redressement (2024–2029) : restauration de l’État, réformes institutionnelles, assainissement macroéconomique.
  • Impulsion (2026–2034) : mise en œuvre des leviers de transformation productive.
  • Accélération (à partir de 2030) : généralisation et consolidation des résultats.

Ce triptyque donne une lisibilité inédite à l’action gouvernementale et trace une courbe temporelle du changement.

III. Une logique de souveraineté assumée

Le Premier ministre revendique la souveraineté budgétaire et l’autonomie économique comme lignes directrices. Le plan est financé à 80–90 % par des ressources internes : fiscalité numérique, gestion du foncier, recyclage d’actifs publics, épargne nationale. Il affirme que le recours au FMI ou aux bailleurs n’interviendra qu’en dernier recours, si nécessaire.

Cela marque une transformation du logiciel de gouvernance économique, dans une région longtemps soumise à l’ajustement structurel.

IV. Une revalorisation des cadres nationaux

Sonko insiste fortement sur le fait que le plan a été entièrement conçu par des hauts fonctionnaires sénégalais : ministères, économistes publics, conseillers. Il rejette la logique de “cabinet occidental prescripteur” et réhabilite l’intelligence administrative locale, souvent marginalisée.

V. Une ambition équilibrée par un langage de responsabilité

Malgré son ton de rupture, le discours reste réaliste. Il avertit que les résultats prendront du temps, que les efforts seront partagés, et que certaines décisions (fiscalité verte, réduction des subventions) ne seront pas populaires. Mais il les assume en expliquant qu’on ne réforme pas un État ruiné sans courage.

Conclusion

Ce discours constitue un tournant rhétorique et politique majeur. Il ne se contente pas de dénoncer : il propose, chiffre, projette. Il donne à voir une vision cohérente du redressement national, fondée sur la vérité, la souveraineté, et la mobilisation des ressources locales.

Il ouvre un nouveau chapitre, qui devra désormais se juger sur les actes concrets et les résultats visibles. Mais en termes de contenu, de méthode, et de sincérité politique, ce discours pose déjà les jalons d’un nouveau rapport entre l’État et les citoyens.

Par Macodou Ndione

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