📰 Sénégal T2 2025 : Croissance maîtrisée, défis persistants
Le deuxième trimestre 2025 s’impose comme un moment clé pour l’économie sénégalaise. Dans un environnement international encore volatil, le pays maintient une trajectoire de croissance robuste, portée par la mise en exploitation des ressources pétrolières et gazières de Sangomar. L’activité économique nationale, bien que ralentie de 2,7 % en rythme trimestriel, progresse de 6,3 % sur un an. Ce dynamisme s’explique par l’expansion du secteur secondaire (+20,0 %) et la résistance du tertiaire (+2,6 %), compensant la contraction du primaire (-7,9 %). Le Sénégal confirme ainsi sa capacité d’adaptation dans un contexte de mutation structurelle et de transition énergétique.
Sur le plan macroéconomique, la période se distingue par une gestion budgétaire rigoureuse et un climat financier maîtrisé. Le déficit public se limite à 3,5 % du PIB, les recettes fiscales progressent de 11,2 %, et la dette publique se stabilise à 68,5 % du PIB, sous le seuil de convergence de l’UEMOA. Ces performances traduisent la volonté du nouveau régime de consolider la discipline budgétaire et la transparence dans la gestion publique. Cependant, les défis demeurent : dépendance énergétique, faible productivité agricole et emploi des jeunes. L’économie sénégalaise avance, mais la soutenabilité de sa croissance reste à consolider.
1 – Environnement international : Résilience mondiale sous tension
Le deuxième trimestre 2025 s’est déroulé dans un contexte économique mondial marqué par la prudence et l’adaptation. Malgré les incertitudes géopolitiques persistantes et les tensions commerciales, la croissance mondiale s’est maintenue à 3,0 %, légèrement inférieure à celle de 2024 (3,3 %). Les économies avancées ont progressé de 1,5 %, tandis que les pays émergents et en développement ont affiché 4,1 %, confirmant leur rôle moteur. Les États-Unis ont retrouvé un rythme soutenu (+3,0 %), portés par la consommation, tandis que la zone euro poursuit une reprise modérée (+1,4 %) sous l’effet de la détente monétaire et de la stabilisation des prix énergétiques.
Les prix mondiaux des matières premières ont globalement reculé, apportant un soulagement aux pays importateurs d’énergie. L’indice global a diminué de 8,3 % au deuxième trimestre, entraîné par la baisse du pétrole brut (-11,2 %), du gaz naturel (-18,9 %) et des produits agricoles (-4,0 %). Cette détente a permis de contenir l’inflation mondiale à 4,1 %, contre 4,5 % au premier trimestre. En revanche, elle a pesé sur les recettes d’exportation de plusieurs économies africaines productrices, rappelant la vulnérabilité de ces dernières face aux fluctuations des marchés mondiaux.
Les politiques monétaires internationales ont également contribué à cette stabilisation. Les principales banques centrales – Réserve fédérale, BCE, Banque du Japon – ont amorcé une phase d’assouplissement progressif, favorisant une détente des taux d’intérêt. Cette orientation a stimulé la reprise des flux de capitaux vers les économies émergentes et facilité les émissions obligataires souveraines en Afrique de l’Ouest. Pour le Sénégal, cette évolution offre un environnement propice à la stabilité du franc CFA, au financement des projets énergétiques et à la maîtrise de l’inflation importée. La conjoncture mondiale reste fragile, mais les signaux d’équilibre se renforcent.
2 – Secteur primaire : Entre fragilités et résilience agricole
Le secteur primaire a connu un trimestre difficile, illustrant la dépendance persistante du Sénégal aux aléas climatiques et saisonniers. En variation trimestrielle, l’activité a chuté de 11,8 %, et de 7,9 % sur un an, sous l’effet combiné du recul de la pêche et de l’élevage. La pêche industrielle et artisanale a subi les conséquences du retard dans l’octroi des licences et d’une météo maritime défavorable, entraînant une contraction des captures. Ce ralentissement s’est traduit par une baisse des exportations halieutiques et une pression accrue sur les circuits d’approvisionnement intérieur, notamment dans les régions côtières.
L’élevage n’a pas échappé à cette tendance. La production animale a reculé en raison du coût élevé des aliments pour bétail et de la persistance de la sécheresse dans certaines zones pastorales. Les abattages de bovins (-8,9 %), d’ovins (-20 %) et de volailles (-3,2 %) ont pesé sur la disponibilité de la viande et sur les revenus des éleveurs. Cette contreperformance souligne la nécessité d’accélérer les programmes de sécurisation pastorale, de moderniser les infrastructures vétérinaires et de renforcer la résilience face aux chocs climatiques.
Toutefois, la production agricole a affiché une performance plus encourageante, portée par la campagne de contre-saison. La riziculture irriguée a progressé de 23,5 %, avec 46 061 hectares emblavés, grâce à l’amélioration de l’irrigation et à la disponibilité des intrants via le programme de bulk procurement. Le financement agricole a également connu un regain, atteignant 130 milliards de FCFA, soit une hausse de 8,3 %. Ces résultats confirment l’impact positif des politiques publiques sur la productivité agricole, mais rappellent que la sécurité alimentaire du Sénégal reste étroitement liée à la diversification des filières et à la gestion durable des ressources.
3 – Secteur secondaire : L’industrie entre essor énergétique et fragilités structurelles
Au deuxième trimestre 2025, le secteur secondaire a confirmé son rôle moteur dans la croissance nationale, porté par le démarrage de la production pétrolière et gazière. En glissement annuel, la valeur ajoutée industrielle a bondi de 20 %, malgré un léger repli de 1,2 % en variation trimestrielle. Cette performance exceptionnelle s’explique par la mise en service des champs pétroliers et gaziers de Sangomar, qui ont stimulé l’ensemble de la chaîne énergétique. Les activités extractives ont progressé de +163,9 %, tandis que la production d’hydrocarbures a explosé de +343,8 %, marquant une étape décisive vers la souveraineté énergétique du Sénégal.
Toutefois, cette dynamique a masqué des fragilités persistantes dans les branches industrielles non liées à l’énergie. Hors hydrocarbures, la production industrielle a reculé de –2,8 %, en raison du ralentissement de la chimie de base (–24,2 %), de la métallurgie (–27,3 %) et des matériaux de construction (–6,5 %). Ces baisses traduisent les effets de la hausse du coût des intrants importés et des ruptures logistiques mondiales. Ce déséquilibre met en évidence la nécessité d’une diversification industrielle plus large, intégrant la transformation locale et la montée en gamme technologique.
Malgré ces contrastes, certains sous-secteurs ont maintenu le cap. La transformation agroalimentaire a progressé de +3,8 %, soutenue par la demande intérieure, tandis que la production de ciment (+5,2 %) et des industries chimiques (+4,5 %) liées aux engrais a contribué à stabiliser la production manufacturière. Le BTP, bien qu’en léger recul (–1,1 %), reste dynamique grâce aux investissements privés et aux chantiers liés à l’exploitation pétrolière. Globalement, le secteur secondaire évolue vers une recomposition structurelle, dominée par l’énergie, mais confrontée au défi de transformer ce boom en véritable moteur industriel durable.
4 – Secteur tertiaire : Commerce, services et numérique en expansion maîtrisée
Le secteur tertiaire demeure le pilier central de l’économie sénégalaise, représentant plus de 56 % du PIB. Au deuxième trimestre 2025, il a enregistré une croissance annuelle de +2,6 %, malgré un repli de –3,4 % par rapport au trimestre précédent. Cette performance modérée s’explique par la robustesse du commerce (+1,1 %), de la finance (+15,8 %) et des TIC (+4,5 %), qui ont compensé la baisse du transport et des activités scientifiques. Ce comportement traduit une économie de services en mutation, tirée par la digitalisation et l’émergence d’un secteur privé moderne, mais encore sensible aux cycles saisonniers et à la conjoncture énergétique.
Dans le commerce, la reprise se consolide, soutenue par la distribution et la réparation automobile. L’hôtellerie et la restauration affichent des hausses respectives de +9,9 % et +14,6 %, confirmant la relance du tourisme urbain et d’affaires, surtout dans les pôles Dakar–Thiès et Saint-Louis. Le transport (-3,2 %) et l’enseignement (-7,7 %), en revanche, accusent des replis liés aux coûts de fonctionnement et à la restructuration institutionnelle. Ces contrastes révèlent la transformation progressive d’un tertiaire dual, partagé entre la montée en gamme des services formels et la lente modernisation du secteur informel.
Les technologies de l’information et de la communication (TIC) continuent d’imprimer leur marque sur la croissance nationale. Avec une progression de +4,5 % sur le trimestre et +2,4 % sur un an, le numérique devient un vecteur d’innovation et d’inclusion. Le Sénégal compte désormais 23,8 millions de lignes mobiles et un taux de pénétration Internet de 124,46 %, l’un des plus élevés d’Afrique de l’Ouest. Dans les services financiers, la digitalisation s’accélère : les banques et fintech enregistrent respectivement des croissances de +16,3 % et +28,6 %. Ces évolutions confirment la montée d’un écosystème tertiaire connecté, compétitif et en phase avec les ambitions de la Vision 2050.
5 – Finances publiques et financement de l’économie : Discipline budgétaire et prudence monétaire
Les finances publiques du Sénégal au deuxième trimestre 2025 traduisent une amélioration continue de la gouvernance budgétaire. Les ressources mobilisées atteignent 2 225,9 milliards FCFA, en hausse de 8,5 % sur un an, soutenues par la progression des recettes fiscales (+174,9 milliards). Les impôts directs totalisent 914,2 milliards, tandis que les taxes intérieures sur biens et services s’élèvent à 488,6 milliards. Cette évolution reflète la modernisation de l’administration fiscale et douanière ainsi que l’effet positif de la digitalisation des régies financières, contribuant à une plus grande efficacité de la collecte.
Côté dépenses, l’État a poursuivi une politique d’arbitrage rigoureuse. Les dépenses budgétaires s’établissent à 2 809,7 milliards FCFA, en hausse modérée de 1,2 % par rapport à 2024. Les dépenses courantes s’élèvent à 2 230,9 milliards (+7,4 %), dominées par les transferts sociaux et le service de la dette (501,1 milliards). En revanche, les dépenses d’investissement sur ressources internes ont été rationalisées, tandis que celles financées par des ressources extérieures progressent, reflétant la priorité donnée aux projets énergétiques et d’infrastructures. Le déficit budgétaire, dons compris, s’est ainsi réduit à 583,8 milliards, contre 726,3 milliards un an auparavant.
Sur le plan monétaire, la tendance reste maîtrisée grâce à la stabilité régionale dans la zone UEMOA. La masse monétaire a crû de 11,1 % sur un an, soutenue par l’expansion du crédit à l’économie et la reprise du secteur privé. La dette publique, quant à elle, atteint 68,5 % du PIB, en dessous du seuil de convergence régional (70 %), confirmant la soutenabilité à moyen terme. Cette trajectoire prudente, associée à une gestion proactive du service de la dette, renforce la crédibilité du Sénégal auprès des bailleurs. Le défi reste néanmoins de transformer cette stabilité en levier de financement durable pour l’économie réelle et les secteurs productifs.
6 – Commerce extérieur et échanges : Redressement soutenu par les exportations énergétiques
Au deuxième trimestre 2025, le commerce extérieur du Sénégal s’est significativement redressé. Le déficit commercial s’est établi à 61,4 milliards FCFA, contre 238,9 milliards au trimestre précédent. Cette amélioration notable découle de la combinaison d’une hausse des exportations de biens (+68 milliards) et d’une baisse des importations (-124,5 milliards). Le taux de couverture des importations par les exportations s’est ainsi renforcé à 96 %, en hausse de 10,7 points. Cette performance s’explique par l’entrée en production des hydrocarbures et la progression des ventes de produits miniers, illustrant la transformation progressive du profil commercial sénégalais.
Les exportations de biens ont atteint 1 454,1 milliards FCFA, contre 1 386,1 milliards au premier trimestre. Ce dynamisme est principalement porté par les produits pétroliers finis (+67,6 milliards), les produits halieutiques (+23,0 milliards) et le titane (+17,2 milliards). En glissement annuel, les exportations ont bondi de 84,9 %, tirées par l’essor des huiles brutes de pétrole (+852,7 milliards), de l’or brut (+129,2 milliards) et des engrais minéraux (+21,9 milliards). Les pays de la zone UEMOA représentent 20,9 % du total des exportations, dominées par les produits pétroliers, dont le Mali demeure le principal client avec 75,8 % des volumes.
Du côté des importations, la facture totale s’est réduite à 3 568,8 milliards FCFA au premier semestre, contre 3 399,2 milliards un an plus tôt, traduisant un ajustement structurel. Les achats de véhicules, matériels de transport et pièces détachées ont augmenté de 169,1 milliards, tandis que ceux de riz ont progressé de 64,5 milliards. En revanche, les importations de machines et moteurs (-37,9 milliards) et de produits pétroliers (-41,6 milliards) ont reculé, reflétant les effets positifs du démarrage de la production nationale. Ce rééquilibrage progressif entre exportations et importations marque une étape importante vers une meilleure souveraineté commerciale et une réduction de la dépendance énergétique.
7 – Perspectives et Défis macroéconomiques : Vers une croissance durable et inclusive
Les perspectives économiques du Sénégal pour la fin de l’année 2025 demeurent globalement favorables, portées par la montée en puissance des hydrocarbures, le dynamisme du secteur financier et la reprise du commerce intérieur. Le PIB réel devrait croître de 6,2 % sur l’année, tandis que l’inflation se maintiendrait autour de 0,5 %, confirmant la stabilité des prix. Cette performance repose sur la bonne tenue du secteur secondaire, en particulier de l’énergie, et la résilience des services. Néanmoins, la croissance reste dépendante des cours mondiaux et des aléas climatiques, soulignant la nécessité d’une stratégie de diversification plus robuste et axée sur la productivité.
À moyen terme, le gouvernement vise une consolidation budgétaire durable et un retour du déficit sous 3 % du PIB d’ici 2026, conformément aux engagements de convergence de l’UEMOA. Les efforts porteront sur la mobilisation des ressources internes, la digitalisation de la fiscalité et la rationalisation des dépenses publiques. L’enjeu sera de préserver les acquis de la stabilité macroéconomique tout en soutenant l’investissement productif. Dans ce cadre, les priorités budgétaires s’orientent vers l’éducation technique, les infrastructures logistiques et la transition énergétique, afin de renforcer la compétitivité et de stimuler l’emploi.
Les principaux défis économiques résident désormais dans la soutenabilité de la dette, la transformation industrielle et la création d’emplois décents. Le boom énergétique constitue une opportunité unique, mais son impact dépendra de la capacité à valoriser localement les ressources, à développer les chaînes de valeur et à renforcer le capital humain. Le Sénégal dispose d’atouts réels — stabilité politique, ouverture régionale et dynamisme du secteur privé — pour transformer cette croissance en développement durable et inclusif. L’avenir économique du pays se jouera sur la qualité des réformes, la transparence dans la gestion publique et la mise en œuvre effective de la Vision 2050.
Conclusion – Une croissance à consolider, une gouvernance à affermir
Le deuxième trimestre 2025 confirme la résilience de l’économie sénégalaise dans un environnement international complexe. Portée par l’entrée en production des hydrocarbures, la discipline budgétaire et la stabilité monétaire, la croissance demeure soutenue autour de 6,2 %. Les performances du secteur secondaire et la vitalité du tertiaire compensent le repli du secteur primaire. Cependant, les fondements structurels de cette croissance restent fragiles : dépendance énergétique, productivité agricole insuffisante et poids de la dette publique. L’économie sénégalaise entre ainsi dans une phase charnière, où la rigueur macroéconomique doit désormais s’accompagner d’une transformation structurelle profonde.
Les réformes à venir devront traduire les ambitions de la Vision 2050 en résultats tangibles pour les citoyens. La réussite du Sénégal passera par la diversification industrielle, la transition énergétique, et une meilleure redistribution de la croissance vers les territoires et les jeunes. Le renforcement de la gouvernance publique, la transparence budgétaire et la digitalisation fiscale constituent des leviers décisifs pour consolider la confiance et stimuler l’investissement. Le T2 2025 aura donc été plus qu’un trimestre de reprise : il incarne le début d’un nouveau cycle économique, fondé sur la vigilance, la cohérence des politiques et la volonté d’inscrire la prospérité nationale dans la durée.
Senswed
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