Sénégal T3 2025 : Consolidation budgétaire et transition économique maîtrisée

Introduction

Le troisième trimestre 2025 représente une étape décisive pour l’économie sénégalaise, dans un contexte mondial toujours marqué par l’incertitude géopolitique et la volatilité des marchés financiers. Alors que la croissance mondiale ralentit à 3,2 %, le Sénégal parvient à maintenir une dynamique robuste, portée par l’exploitation des ressources pétrolières et gazières et par la stabilité des fondamentaux macroéconomiques. Les performances enregistrées au T3 confirment la trajectoire ascendante esquissée lors des deux premiers trimestres, avec une croissance économique annuelle projetée au-dessus de 10 %, et une inflation maîtrisée à 1,1 %, l’un des niveaux les plus bas de la région.

Sur le plan interne, la gestion budgétaire se distingue par un renforcement de la discipline financière et une mobilisation accrue des ressources intérieures. Les recettes publiques atteignent 3 254 milliards FCFA, soit 69,7 % des prévisions annuelles, tandis que les dépenses sont contenues à 4 313 milliards FCFA, permettant de ramener le déficit à 4,88 % du PIB, contre 6,1 % à la même période en 2024. Cette amélioration significative illustre une volonté forte du gouvernement de stabiliser les équilibres macroéconomiques tout en préservant la crédibilité financière du pays. Toutefois, les défis persistent, en particulier dans l’exécution des investissements publics et la transformation structurelle de l’économie.

1. Contexte macroéconomique international

Le troisième trimestre 2025 s’inscrit dans un environnement mondial incertain, mais moins tendu que les précédents. Le FMI révise la croissance mondiale à 3,2 %, tandis que les États-Unis ralentissent à 1,8 % et la Zone euro à 1,3 %. L’Afrique de l’Ouest demeure résiliente : l’UEMOA affiche 6,5 % de croissance et une inflation ramenée à 0,6 %.
Au Sénégal, l’économie reste vigoureuse, portée par l’exploitation des hydrocarbures. La croissance trimestrielle dépasse 11 % sur les deux premiers trimestres et devrait se maintenir à un niveau à deux chiffres fin 2025, dans un contexte d’inflation contenue à 1,1 %

2. Mobilisation des recettes publiques

Les recettes totales atteignent 3 254 milliards FCFA, soit 69,7 % de la cible annuelle (4 668,9 milliards).
Les recettes fiscales, moteur du budget, représentent 2 987,9 milliards (+7,6 % en glissement annuel). Les impôts directs réalisent 81,9 % de l’objectif : l’impôt sur les sociétés dépasse sa cible avec 432,9 milliards, tandis que l’impôt sur le revenu progresse à 578,1 milliards.
Les impôts indirects (TVA, droits de porte, taxes spécifiques) totalisent 1 661,2 milliards, soit 67,2 % de l’objectif, avec une forte performance de la TVA à l’importation (533,9 milliards).
Les recettes non fiscales, dopées par l’ARTP (44,5 milliards) et les dividendes d’entreprises publiques (84,7 milliards), atteignent 214,2 milliards, soit 75,8 % des prévisions

3. Dynamique des dépenses publiques

Les dépenses globales du budget général sont maîtrisées à 4 313 milliards FCFA, soit 67,8 % de la LFR 2025.
Les
dépenses ordinaires (3 220,8 milliards) se concentrent sur :

  • Masse salariale : 1 082,8 milliards (+3,7 %) ;
  • Transferts courants : 1 169,4 milliards (+17,9 %) ;
  • Service de la dette : 705,7 milliards, dont 78 % sur la dette extérieure.

Les subventions à l’énergie atteignent 411,6 milliards, expliquant une large part de la hausse des transferts.
Les
dépenses d’investissement totalisent 1 092,2 milliards, avec un meilleur rythme d’exécution sur ressources internes (71,4 %) que sur ressources extérieures (49,9 %). Les transferts en capital, bien orientés, atteignent 86,4 % de la cible annuelle

4. Solde budgétaire et financement

Le déficit budgétaire se stabilise à 1 059 milliards FCFA, soit 4,88 % du PIB, bien en deçà de la cible annuelle de 7,82 %, confirmant une consolidation réussie.
Les ressources de trésorerie mobilisées atteignent
3 655,8 milliards, dont 2 775 milliards sur les marchés financiers régionaux et internationaux. Cette dynamique reflète une confiance renouvelée des investisseurs dans la politique budgétaire nationale et une gestion active de la dette publique

5. Performance du secteur public et perspectives

Le Fonds national de retraite (FNR) dégage un excédent de 25,7 milliards, en hausse par rapport à 2024.
Les
168 organismes publics affichent un taux d’exécution global de 47,7 %, avec 762,9 milliards de fonctionnement et 290,1 milliards d’investissement.
Le gouvernement prévoit, au
T4 2025, d’intensifier la mobilisation des recettes intérieures et d’accélérer l’exécution des investissements, tout en consolidant la discipline budgétaire et la transparence des dépenses publiques

6. Lecture Polidata : stabilité maîtrisée, investissements encore lents

La tendance du troisième trimestre confirme la solidité de la trajectoire macroéconomique :

  • Les recettes résistent malgré un contexte mondial incertain ;
  • Les dépenses sont sous contrôle, mais les investissements publics restent sous-exécutés ;
  • Le déficit budgétaire recule sensiblement, préparant un ajustement graduel vers les normes UEMOA ;
  • Les signaux macro-financiers confirment la résilience du modèle sénégalais fondé sur la prudence, la transparence et la montée en puissance des ressources nationales.

Conclusion

Le rapport d’exécution budgétaire du troisième trimestre 2025 confirme la stabilité et le réalisme de la stratégie économique nationale. Le recul du déficit, la progression soutenue des recettes fiscales et la stabilisation de la dette publique démontrent une gestion prudente mais efficace des finances publiques. La capacité du Sénégal à mobiliser 2 775 milliards FCFA sur les marchés financiers régionaux et internationaux témoigne d’une confiance renouvelée des investisseurs et d’un repositionnement stratégique du pays sur la scène économique africaine.

Cependant, la réussite durable dépendra désormais de la capacité de l’État à accélérer la mise en œuvre des investissements, à renforcer la diversification économique au-delà des hydrocarbures et à traduire la croissance macroéconomique en gains sociaux tangibles, notamment en matière d’emploi et de réduction des inégalités territoriales. Le T3 2025 apparaît ainsi comme un trimestre de consolidation, marquant la transition entre une croissance encore conjoncturelle et les bases d’un développement structurel aligné sur la Vision Sénégal 2050. La prochaine étape sera déterminante pour transformer l’élan actuel en prospérité durable et inclusive.

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