Analyse approfondie – Comparaison T3 2025 vs T3 2024 et T2 2025

🟣 Introduction

Le troisième trimestre 2025 offre un éclairage déterminant sur la trajectoire économique du Sénégal, dans un contexte marqué par l’ajustement post-crise mondiale et l’entrée en exploitation des hydrocarbures. L’analyse comparative entre le T3 2025, la même période en 2024 et le trimestre précédent (T2 2025) révèle une dynamique de consolidation budgétaire et de stabilisation financière. Cette période confirme la capacité du pays à renforcer ses équilibres macroéconomiques, tout en poursuivant la transition vers un modèle de croissance plus autonome et moins dépendant des financements extérieurs.

Les indicateurs clés témoignent d’une évolution notable : le déficit budgétaire recule de 6,1 % du PIB au T3 2024 à 4,88 % au T3 2025, les recettes totales progressent de +7,6 %, et la dette publique se stabilise à 68,5 % du PIB, en dessous des niveaux critiques observés en 2023 et 2024. Parallèlement, une amélioration de la performance fiscale et une meilleure maîtrise des dépenses publiques renforcent la crédibilité du Sénégal auprès des marchés financiers. Toutefois, la comparaison fait apparaître des fragilités structurelles persistantes, notamment dans l’exécution des investissements publics et la dépendance croissante aux hydrocarbures. Ce rapport éclaire ainsi les enjeux déterminants pour transformer la reprise actuelle en croissance durable et inclusive.

1. Évolution générale et dynamique économique

Le troisième trimestre 2025 confirme une accélération de la croissance économique, soutenue par la consolidation des recettes publiques et le contrôle des dépenses. Comparé à la même période en 2024, la progression est significative : le déficit budgétaire, qui représentait 6,1 % du PIB au T3 2024, s’est contracté pour atteindre 4,88 % du PIB au T3 2025. Cette amélioration de 1,22 point témoigne d’une meilleure discipline budgétaire et d’une remontée progressive de la croissance réelle portée par le boom énergétique.

Par rapport au T2 2025, marqué par une croissance de 6,2 % du PIB et une inflation faible (0,5 %), le T3 poursuit la dynamique d’assainissement financier malgré une légère montée de l’inflation (1,1 % au T3). Cette hausse modérée reflète les tensions sur les prix mondiaux des matières premières et les coûts logistiques, mais demeure maîtrisée dans le cadre UEMOA.

2. Recettes publiques : progression solide mais moins rapide qu’au T2

Les recettes budgétaires T3 2025 atteignent 3 254 milliards FCFA, soit +7,6 % par rapport au T3 2024. Cette croissance est supérieure à celle observée en 2024, où les recettes avaient progressé de seulement +3,2 % sur un an, marquant un renforcement de la capacité fiscale de l’État.

Comparées au T2 2025, où les recettes avaient augmenté de ** +11,2 %**, la dynamique reste positive mais moins soutenue, traduisant une normalisation après le choc positif du début de production pétrolière. Les impôts directs progressent à 1 011 milliards FCFA, contre 915 milliards au T2, confirmant l’impact du secteur extractif et de la formalisation des entreprises.

Cette trajectoire ascendante montre que le Sénégal a dépassé le cycle de contraction fiscale de 2023–début 2024 et se repositionne sur une courbe de fiscalité productive.

3. Dépenses publiques : discipline renforcée

Les dépenses totales T3 2025 s’établissent à 4 313 milliards FCFA, contre 4 981 milliards au T3 2024, soit une réduction de –13,4 %. Cette baisse est principalement due à la maîtrise des subventions énergétiques, divisées par presque deux grâce à la montée en puissance du pétrole national.

Par rapport au T2 2025, où les dépenses ralentissaient déjà de –4,7 %, le T3 confirme un pilotage budgétaire plus resserré, notamment sur les dépenses d’investissement, dont le taux d’exécution reste faible (49,9 % sur ressources extérieures). Cela signifie que l’État préserve la stabilité financière au détriment du rythme d’exécution des projets structurants, une orientation qui peut freiner la croissance potentielle.¨

4. Solde budgétaire : consolidation significative

Le déficit budgétaire T3 2025 atteint 1 059 milliards FCFA, contre 1 426 milliards au T3 2024, soit un allègement de 367 milliards.
Comparé au
T2 2025 (déficit 583 milliards), la hausse du déficit est logique en contexte de fin d’année (effet saisonnier), car les engagements financiers se concentrent traditionnellement sur le dernier semestre.

Cependant, l’essentiel à retenir est que le Sénégal demeure en dessous de la trajectoire critique de 2024, et même en avance sur la cible finale annuelle (7,82 % → 4,88 %).

5. Dette publique et financement

La dette publique T3 2025 est évaluée à 68,5 % du PIB, contre 71,3 % au T3 2024, soit une baisse de 2,8 points, indiquant une amélioration claire de la soutenabilité financière.

Par rapport au T2 2025, le ratio reste stable, confirmant que l’État n’a pas intensifié l’endettement pour financer le déficit, mais s’est appuyé davantage sur les marchés régionaux et internationaux (2 775 milliards mobilisés), ce qui consolide la crédibilité financière.

Cette trajectoire rompt avec la dérive de 2022–2023, où la dette avait dépassé la norme UEMOA.

6. Analyse stratégique Polidata

Points positifs

  • Consolidation budgétaire remarquable, crédibilisant l’État sénégalais.
  • Effets tangibles du boom énergétique sur les recettes et la balance commerciale.
  • Recul durable du déficit et stabilisation de la dette.
  • Renforcement de la confiance des investisseurs (marchés financiers demandeurs).

Risque structurels

  • Sous-exécution persistante de l’investissement public, risque sur l’emploi.
  • Dépendance croissante aux hydrocarbures, fragilisant la diversification.
  • Pression sur les dépenses sociales non résolue.
  • Capacité fiscale encore insuffisante dans le secteur informel.

🟣 Conclusion

Au terme de cette analyse comparative, le T3 2025 se distingue comme un trimestre de consolidation et de repositionnement stratégique pour l’économie sénégalaise. Les progrès réalisés dans la mobilisation des ressources internes, la maîtrise des dépenses et le recul du déficit budgétaire confirment l’efficacité des réformes de gouvernance financière mises en œuvre depuis le début de l’année. La stabilisation de la dette publique et la confiance renouvelée des marchés témoignent de la résilience du modèle sénégalais, désormais renforcé par la montée en puissance du secteur énergétique.

Cependant, la transformation structurelle reste inachevée. La faible exécution des investissements publics, la pression sur l’emploi, et la dépendance aux hydrocarbures constituent des défis majeurs pour les prochains trimestres. L’enjeu central est désormais de convertir la solidité macroéconomique en gains sociaux tangibles pour les citoyens et en opportunités pour le secteur privé. Le Sénégal se trouve à un tournant : réussir la transition vers une économie productive et diversifiée décidera de la portée réelle de la Vision Sénégal 2050. Les prochaines étapes devront concilier rigueur budgétaire, accélération des investissements et justice sociale pour bâtir un développement durable et équitable.

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